Guillaume Colletet

15Feb10

Contro la traduzione

C’est trop m’assujettir je suis las d’imiter;
La version déplaist à qui peut inventer;
Je suis plus amoureux d’un Vers que je compose
Que des Livres entiers que j’ay traduits en Prose.
Suivre comme un esclave un Autheur pas à pas,
Chercher de la raison où l’on n’en trouve pas,
Distiler son Esprit sur chaque periode,
Faire d’un vieux Latin du Françoise à la mode,
Eplucher chaque mot comme un Grammarien,
Voir ce qui le rend mal, ou ce qui le rend bien,
Faire d’un sens confus une raison subtile,
Joindre au discours qui sert un langage inutile,
Parlar assurement de ce qu’on sçait le moins,
Rendre de ses erreurs tous les Doctes temoins,
Et vouloir bien souvent par un caprice extrême
Entendre qui jamais ne s’entendit soy-mesme;
Certes, c’est un travail dont je suis si lassé,
Que j’en ay le corps foible, et l’esprit émoussé.

1637

˜

Son stufo di servire, basta con l’imitare,
Le versioni sviliscono chi è in grado di inventare:
Sono più innamorato di un Verso che ho prodotto
Che di tutti quei Libri in prosa che ho tradotto.
Seguire passo passo l’Autore come schiavi,
Cercare soluzioni senza averne le chiavi,
Distillarsi lo Spirito senza capo né coda,
Far di un vecchio Latino un Francese alla moda,
Spulciare ogni parola come fossi un Grammatico
(Questa funziona bene, quella ha un suono antipatico),
Dare a un senso confuso uno sviluppo piano,
Unire a ciò che serve tutto un linguaggio vano,
Parlare con prontezza di quello che più ignori,
I Dotti, dei tuoi sbagli, rendere spettatori,
E seguendo un capriccio spinto fino all’eccesso
Capire chi neppure si capì da se stesso:
Ormai, questo lavoro mi ha talmente stancato
Che ne ho il corpo sfinito, lo spirito spossato.

Traduzione di Valerio Magrelli, in Esercizi di tiptologia, Mondadori, Milano, 1992.



C’est trop m’assujettir je suis las d’imiter;
La version déplaist à qui peut inventer;
Je suis plus amoureux d’un Vers que je compose
Que des Livres entiers que j’ay traduits en Prose.
Suivre comme un esclave un Autheur pas à pas,
Chercher de la raison où l’on n’en trouve pas,
Distiler son Esprit sur chaque periode,
Faire d’un vieux Latin du Françoise à la mode,
Eplucher chaque mot comme un Grammarien,
Voir ce qui le rend mal, ou ce qui le rend bien,
Faire d’un sens confus une raison subtile,
Joindre au discours qui sert un langage inutile,
Parlar assurement de ce qu’on sçait le moins,
Rendre de ses erreurs tous les Doctes temoins,
Et vouloir bien souvent par un caprice extrême
Entendre qui jamais ne s’entendit soy-mesme;
Certes, c’est un travail dont je suis si lassé,
Que j’en ay le corps foible, et l’esprit émoussé.


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